1890/11 : Des couples (3)

Si vous souhaitez découvrir cette première œuvre d’un « jeune débutant prometteur », vous pouvez le faire sans trop de difficulté car elle a été rééditée aux éditions des falaises en 2002 sous la haute bienveillance introductive du professeur Jacques DEROUARD, l’incontournable biographe de Maurice LEBLANC (voir l’article sur le blog) :

Là... il n'y a pas d'images !

Disons-le tout de suite, je n’ai pas avantage particulier à cette « promotion » mais une reconnaissance toute particulière pour cette réédition qu’il faut saluer car elle rend enfin accessible des textes qui ne méritaient pas de tomber dans l’oubli !

Retour sur la « soi-disant » protection de Guy de MAUPASSANT :

A l’occasion d’un échange sur le trop confidentiel forum de l’Agence Barnett, Jim Barnett (l’affable patron du forum !) a écrit:

Je doute également que Maurice Leblanc publia ses premiers ouvrages avec le soutien de Mr de Maupassant…

Comme quoi, le doute est partagé…

Mais curieusement, dans la préface à la réédition du recueil Des couples, le professeur Jacques DEROUARD écrit à propos de notre auteur préféré :

« Il a déjà écrit de nombreux contes et nouvelles dans la veine de son « maître » ; grâce à la protection de celui-ci, l’un de ses récits peut paraître, en mars 1890, dans la luxueuse Revue Illustrée. Il s’intitule Le Sauvetage… »

C’est très étonnant car l’information ne figure pas dans les éditions de Maurice LEBLANC, Arsène Lupin malgré lui (éditions Séguier) où le professeur écrit simplement à propos du « maître » et de cette revue :

« L’année précédente, Maupassant y avait donné son roman Fort comme la mort »

Apprenant que ses « idoles littéraires » – dont bien sur, le « maître » – seraient à Rouen le 23/11/1890, pour l’inauguration d’un monument dédié à Gustave FLAUBERT, Maurice LEBLANC (*), décidé à tout faire pour rencontrer ses « demi-dieux », serait parvenu à se glisser dans le compartiment du train qui ramenait les hommes de lettres vers la capitale…

Le « maître » est alors à sa portée mais il est fort probable, qu’à cette occasion, ils ne se soient pas même adressé la parole ! Le seul « exploit » à mettre à l’actif de Maurice LEBLANC fut, dans le désir de plaire, de se précipiter pour… tirer les rideaux du compartiment afin que ces messieurs puissent s’assoupir après une journée épuisante.

(Le repas y était sans doute pour quelque chose !)

L’année suivante (1891), Maurice LEBLANC passe l’été à Vaucottes. Il va périodiquement à Etretat où se trouve l’ermitage du « maître » (La guillette)…

Il a envoyé à celui-ci un exemplaire dédicacé de son recueil mais il hésite, par timidité, à aller le voir. Enfin un jour, il se décide et franchit la porte du sanctuaire. D’après Maurice LEBLANC (**), il y reçoit un bon accueil mais la majeure partie de l’entretien porte… sur la proximité de l’usine à gaz dont le bruit exaspère le « maître » !

Le problème, souligne Jacques DEROUARD, étant que MAUPASSANT séjourna pour la dernière fois à Etretat en août 1890.

Les relations de Maurice LEBLANC avec son « maître » furent, non seulement, très minces mais peut être même… « imaginaires ». C’est sa sœur cadette, Georgette LEBLANC, qui colporte la légende en écrivant dans ses Souvenirs (***) à propos de son frère :

« Il écrivait. On publiait ses premiers romans avec succès. Il côtoyait les grands hommes là-bas dans la capitale. Maupassant le protégeait ».

(Dur d’être jeune et en quête de reconnaissance !)

ment votre…

A. Lupinès

Crédits :

Pour les éléments biographiques : Maurice LEBLANC Arsène LUPIN malgré lui de Jacques DEROUARD aux éditions Séguier (1ère édition 1989, 2ème édition revue et corrigée 2001).

(*) Un début littéraire, dans le recueil Une heure de ma carrière, éditions Baudinière, 1926.

(**) Un heure avec Maurice LEBLANC, dans Les Nouvelles Littéraires, 06/07/1935.

(***) Souvenirs (1895-1918), Georgette LEBLANC aux éditions Bernard GRASSET, 1931 (voir précisément le chapitre VIII intitulé Maurice LEBLANC).

1890/11 : Des couples (2)

Lors de la première guerre mondiale (1914-1918), une partie des contes du recueil Des couples a été rééditée sous forme de fascicules illustrés, volumes de la « parisienne-collection » au format 17 x 23,5 cm, chez l’éditeur Albin MICHEL à Paris…

Un premier fascicule intitulé La Faute de Julie (n° 6 de la collection) fut imprimé en 1916 sous la forme d’un livret de 64 pages avec des illustrations de V. SIM :

NB : L’édition présentée ci-dessus n’est pas celle du 1er tirage mais une édition de 1917-1918 (la 1ère édition affiche un prix de 0f45 et n’a pas une liste aussi importante de titres au verso).

Le fascicule reprend deux contes : La Fortune de Monsieur Fouque sous le titre La Faute de Julie et Mon amie, Madame Rollet (titre inchangé) avec de « délicieuses » illustrations :

Julie… euh, pardon : Mme Fouque !

Mon amie… Mme Rollet !!

Un second fascicule intitulé Un vilain couple (n° 8 de la collection) fut imprimé également en 1916 toujours sous la forme d’un livret de 64 pages avec des illustrations de GUYDO :

NB : C’est mieux… à priori : 1ère édition de 1916 avec toutefois une augmentation de prix (provisoirement 0f75 !).

Berthe et… François Dumouchel !

Marthe… un amour !!

ment votre…

A. Lupinès

1890/11 : Des couples (1)

C’est le titre donné au premier recueil de « contes » de Maurice LEBLANC, l’ouvrage est dédié « au maître Guy de MAUPASSANT » pour qui le jeune écrivain (26 ans) a une profonde admiration… le but de sa vie n’est-il pas de devenir « Maupassant ou rien » !

Avant cela, Maurice LEBLANC avait déjà écrit un certain nombre de nouvelles à la manière du « maître » et publié grâce à lui, a-t-on écrit (*), en mars de cette même année dans la Revue Illustrée, un récit prometteur : Le Sauvetage (voir l’article sur le blog).

Le livre est publié chez Ernest KOLB en novembre 1890 à compte d’auteur avec un tirage de mille exemplaires (**).

Malheureusement, je ne peux pas joindre de « scans » de l’EO du recueil… je ne l’ai pas !

(Sniff, sniff ! A votre bon cœur, m’sieurs-dames !).

Selon Maurice LEBLANC, seulement trente à quarante exemplaires auraient été vendus et un certain nombre envoyés par l’auteur aux écrivains « importants » de l’époque, notamment un, dédicacé au « maître », dont le jeune écrivain attendait à n’en pas douter, l’ « avis » avec une certaine… appréhension impatiente !).

Le « maître » a-t-il seulement lu l’élève !? Si c’est le cas, il n’en a rien laissé paraître

Hélas pour Maurice LEBLANC : on parla peu, voir pas du tout de ce premier livre à l’exception cependant d’un article élogieux paru dans Le Voleur illustré (20/11/1890), celui-là même qui annonça la publication de l’ouvrage… mais, il ne faut pas rêver : l’article est signé René MOROT, l’un des meilleurs amis de Maurice LEBLANC !

Dans le recueil : sept nouvelles

1 – La Fortune de Monsieur Fouque, repris dans le Gil Blas illustré du 18/12/1892 au 29/01/1893 et dans Le Nouveau Magazine (12/1909), puis sous le titre La Faute de Julie (voir l’article sur le blog).

2 – Mon amie, Madame Rollet, repris dans le fascicule La Faute de Julie.

3 – Les époux Dumouchel, repris sous le titre L’étreinte dans le Gil Blas du 24/04/1896 au 2/05/1896, puis sous le titre Un vilain couple (voir l’article sur le blog).

4 – Un amour, repris dans le fascicule Un vilain couple.

5 – Le Fils aux Duramé, publié dans Le Voleur illustré (20/11/1890) qui annonce la publication de l’ouvrage de Maurice LEBLANC, puis dans le Gil Blas (27/08/1894) sous le titre La Maison vide.

6 – Roméo et Juliette, repris dans le Gil Blas illustré (29/04/1894) avec un dessin de STEINLEN.

7 – Le Devoir, repris dans le Gil Blas (30/07/1894) sous le titre Les Faux Devoirs.

Le cadre des nouvelles est bien entendu la Normandie et bien plus encore… la vie provinciale dans toute sa « splendeur » :

La Fortune de Monsieur Fouque : c’est le cocufiage d’un bourgeois vaniteux qui connaît enfin le bonheur parce que sa femme le trompe et qu’enfin… on parle de lui !
Les époux Dumouchel : c’est la vie mesquine de la petite bourgeoisie.
Le Fils aux Duramé : c’est la cupidité et la substitution d’enfants.

(C’est-y pas beau tout ça, mon bon monsieur ! Pour un début en littérature : c’est du propre !)

ment votre…

A. Lupinès

Crédits :

Pour les éléments biographiques : Maurice LEBLANC Arsène LUPIN malgré lui de Jacques DEROUARD aux éditions Séguier (1ère édition 1989, 2ème édition revue et corrigée 2001).

Pour la bibliographie : « Bibliographie chronologique » in Maurice LEBLANC Volume 4 aux éditions du Masque-Hachette-Livre.

(*) Source de l’information : préface de Jacques DEROUARD lors de la réédition Des couples aux éditions des falaises en 2002 (voir l’article sur le blog). Pour ma part, je doute fortement de la protection accordée par le « maître » !?

(**) Mille exemplaires est un tirage qui paraît bien lourd pour ce type d’édition ! C’est pourtant Maurice LEBLANC qui donne ce chiffre « Cela me coûta bien huit cents francs : on en tira mille exemplaires ». Curieux, puisque l’on peut raisonnablement estimer de 300 à 500 exemplaires, à cette époque, le tirage des éditions originales pour un écrivain déjà connu !?

La question du « tirage » est d’ailleurs un grand mystère chez Maurice LEBLANC à tel point que, même aujourd’hui, je n’ai pas l’impression que l’on puisse déterminer avec précision le tirage des éditions originales des « Lupins » (si quelqu’un a des infos à ce propos, surtout qu’il n’hésite pas, je reviendrai sur le sujet à l’occasion des articles sur les éditions concernées)…